La Japan Expo Sud 4° Vague se tenait au Parc Chanot à Marseille durant ce beau premier week-end de Mars. Voulant à tout prix m’y rendre, j’y investi tout mon courage, m’élevant vaillamment contre
les barrières et autres contraintes qui se dressaient devant moi, me démenant à tambour battant pour dénicher le fameux sésame : un ticket « 3 jours », la clef ultime ouvrant
les portes de cette incroyable aventure. J’ai mené tant de combats pour dénicher ce trésor me permettant de vivre pleinement et de bout en bout ce festif rassemblement de mes semblables, les
geeks, gamers, nerds, nolifes et autres passionnés du genre. Ce fût une bataille de tous les instants, de celles dont les vainqueurs se font rares, et parfois, il faut savoir se coucher face à
l’adversité.
Maintenant qu’on en parle, il me semble me souvenir avoir fait un drôle de rêve, jeudi soir, à la veille de l’évènement. On dit que l’on rêve durant la troisième phase du sommeil, c’est étrange,
car c’est en trois étapes que s’est justement déroulé ce bien étrange songe…
J’ouvre les yeux alors que le soleil dort encore. Un temps infini passé dans des trains sur et sous la terre m’amène aux portes d’un hangar immense où patientent sagement de nombreuses
silhouettes, dont certaines semblent étrangement vêtues. Il est presque neuf heures. Les reflets étincelants d’un morceau de plastique illuminent mon regard sous les premières lueurs du jour.
Dessus, les inscriptions ‘‘Japan Expo Sud 4° Vague Forfait 3 Jours’’ dessinent un franc sourire sur mon visage encore endormi. Mes mains triturent le papier comme pour s’assurer de sa réelle
existence. Çà et là, mes compagnons de file d’attente s’agitent, les portes s’ouvrent enfin. J’entre, immédiatement ébahie par l’endroit.
Partout, des stands multicolores exhibent des merveilles d’objets en tout genre, conquêtes rêvées de geekeries, projetant aux yeux des visiteurs avides toute l’abondance de ces précieuses
raretés. Je n’ai qu’une envie : me laisser vagabonder au grès des chemins de ce labyrinthe enchanté. Mais voici déjà que mon instinct me rappelle à l’ordre, me guidant sans plus tarder vers
le fond du dédale. Là, je sais que je vais l’y trouver. J’approche, toute à l’affut du moindre signe de son éventuelle présence matinale.
Premier au poste, toujours aussi exquis et souriant, Sparadrap apparait dans mon champ de vision. Là, lentement, je me pose non loin, attendant son regard.
Si je savais qu’il me reconnaitrait, jamais je n’aurais pu m’attendre à la tendresse si douce qu’il blotti dans son étreinte. Mon cœur se soulève devant tant d’effusion de sa part, pour une
fois, ça ne vient même pas de moi et de mon emballement communicatif habituel. De ces si affectueuses retrouvailles inespérées s’ensuivent des nouvelles échangées sur la famille, comme deux vieux
amis qui se retrouvent pour s’attendrir ensemble devant la dernière photo de la petite en fond d’écran sur son iPhone, tout en partageant quelques douceurs que je lui apporte comme au bon vieux
temps. On papote, on se marre, alors que les premiers fans viennent déjà interrompre nos délires de leurs regards curieux. Je le quitte dans un salut chaleureux et une promesse de retour,
laissant à contrecœur la place à ces impatients charognards dans mon infinie bonté. De là commence mon inspection des lieux ; je fais chauffer la camera et dérobe quelques prises au
repérage. Le temps file discrètement, laissant la magie de la Japan opérer. Mon excursion s’en suit au-delà des myriades d’étalages jusqu’aux confins opposés des locaux. Je m’exerce au filmage en
capturant les prouesses d’un spectacle de danse éthéré, rejoins une poignée de mes camarades d’Olydri pour une dédicace furtive, contemple la finesse des cosplays interprétant leurs doubles
imaginaires, et abandonne finalement la scène pour regagner la conférence des Noobs presque au complet. Surprises, joies, merveilles et éclats de rire font de ma première journée un bonheur
total.
Neufs heures approche en ce deuxième jour. Je rattrape la file indienne et regagne l’entrepôt. Comme hier, tous les styles se mélangent. Entre gothique, kawaï, emo, ou bien steampunk
s’invitent une ribambelle de héros de jeux vidéo en veux-tu en voilà. Des personnages de cinéma aux guerriers des mangas, c’est un peuple bariolé aux horizons aussi divers que leurs extravagances
vestimentaires qui se côtoient, partageant leurs légendes, se jetant dans les bras les uns des autres à la vue des « Free Hugs » parfois tatoués sur leurs peaux, et toujours ces milles
et unes babioles qui ne demandent qu’à rejoindre ma collection tout aussi hétéroclite que ce déballage coloré et féérique des commerçants.
Malgré la joyeuseté des lieux, une ombre plane sur ce samedi. Ma chère, mon indispensable caméra est restée en arrière, loin, très loin dans ma chaumière que j’ai fuie plus tôt ce matin-là.
Qu’à cela ne tienne, j’en profiterais d’autant plus. Enfin, si seulement les quelques milliers de gamers attendus me laisse espérer entrevoir mon deuxième amoureux. Je prie, ferme les yeux,
croise les doigts, avance sur la pointe des pieds. J’ose ouvrir un œil pour le refermer aussitôt. Je peux oublier, ce ne sera pas pour aujourd’hui. Une foule immense s’agglutine pour le voir. Une
seule seconde volée, le temps de me convaincre à l’idée qu’il existe bel et bien, et qu’en plus, il se tient là, à quelques mètres de moi, mais qu’à mon plus grand désespoir, cette image furtive
en sera ma seule approche. Je me console avec mon pansement chéri, toujours là pour me redonner le sourire. Grâce à lui, au détour d’un croisement, un clin d’œil dérobé, un bisou à l’envolée, ma
peine s’apaise un peu. Je divague et vadrouille au rythme de la Japan et des comiqueries scéniques de ce cher Fred et ses copains, de quoi patienter jusqu’à demain, demain… C’est juré, je
changerais la donne. Aujourd’hui, c’est le jour le moins bon, mais tout vient à point à qui sait attendre. Demain, sans faute, ce sera mon tour.
Dès l’ouverture, je m’attèle en première ligne. Déjà, trois irréductibles de Marcus attendent la venue du Messie. Déterminée et armée de toute ma patience, je pose mon campement fermement sur
mes deux pieds. Bien plus vite que je ne l’aurait cru, l’instant tant attendu arrive.
IL arrive, avec toute son humble nonchalance face à ses adorateurs de toujours, mettant la main à la patte pour assurer à tous l’attente la plus agréable possible, préparant son petit coin
comme si de rien n’était. Enfin parait le moment de rencontrer celui qui chaque jour me fait rire, découvrir et souvenir d’un temps meilleur à travers mes écrans.
Tout devient flou, comme troublé. Je lui saute dans les bras, lui rappelle qui je suis, ce que j’ai dit de lui et ce qu’il en a fait pour moi. Il en frissonne, m’avoue-t-il. S’il savait à
quel point je tremble déjà moi-même. J’égare ma compréhension de la réalité à l’écoute de sa profonde reconnaissance envers mon article d’antan. Je découvre alors un amour, que dis-je, un ange,
adorable, noyée dans ses yeux d’un bleu impossible, touchée au cœur comme un coup de poignard par sa sensibilité à découvert, fondant sous son apparente fragilité. Je me perds dans les limbes de
la contemplation, lui réponds d’une voix déconnectée de toute conscience. J’en perds totalement mon latin. Dans la fantaisie de cette scène irréelle, je crois entendre une proposition
invraisemblable : Marcus veut jouer avec moi. Partager sa passion, ce qui fait toute sa vie, avec MOI, la pauvre créature qui peine à tenir debout face à lui. Le pire, c’est que je ne
comprends même pas pourquoi je m’étonne, car, je dois bien l’avouer, j’étais en partie venue dans cet ultime but, certes sans trop y croire. Mais voilà que la chance, le destin, ou bien
l’habileté de ma plume, que sais-je, m’octroie sa confiance et m’offre par la même un nouveau compagnon de jeux. Je craque sous son sourire et tombe littéralement des nues devant ses
sous-entendus équivoques de dragueur invétéré dont on ne l’imaginerait sous aucun prétexte, et pourtant.... Je plane.
Puis, je me rappelle qu’il y a les autres, je fais même tout, finalement, en pensant à ces pauvres badauds qui attendent, de sorte qu’il leur reste un peu de leur idole. En vérité, je pense
surtout à lui qui dans sa gentillesse a promis son temps précieux au plus grand nombre.
Je le retrouve très vite en conférence, seul sur l’estrade face à l’affluence de ses fidèles suiveurs. Les questions fusent ; le micro parvient enfin à mes lèvres. Le saluant une nouvelle
fois, j’exhorte l’auditoire à lui rendre tout l’amour que chacun lui porte, et lui renvoi par là même celui qu’il m’a donné si généreusement quelques heures auparavant. Ses éloges sur mes textes
s’épandent de plus belle, je peine à croire à tant de gloire, l’ivresse me couvre de son manteau de béatitude.
Avant de partir, je vole une petite interview que mon Sparadrap, que je n’oublie pas, m’accorde sans broncher après tant et tant de zèle, me gratifiant encore d’un énième câlin. Et pour
achever parfaitement mon périple, je lance un dernier au revoir trop rapide à mon tout neuf futur coéquipier, déposant dans ses mains un petit pot de pâte à tartiner qui lui plait tant, essuyant
au passage la jalousie des implorants de la dédicaces de dernière minute. J’atteins la porte avec aux oreilles ses mots qui résonnent déjà au loin « Salut Chris, on se facebook
hein ! ».
Un rêve, oui, juste un rêve, sans nul doute magnifique ; mais alors, je me demande, par quelle sorte de magie cette vidéo peut-elle bien exister…
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